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éloge du Gardien de musée

dimanche 20 janvier 2008, par hélène hamon


... et le chemin s’ouvre juste derrière la très renommée médiathèque située au cœur de cette agglomération besogneuse et vivante... un chemin étonnant, presque un sentier de campagne qui offre un départ pour une balade bucolique... quelques dizaines de mètres pour rejoindre une route qui n’a rien, absolument rien, des rocades et autres voies de circulation urbaines... étonnant... c’est le premier étonnement... et le marcheur se croit déjà parti pour une ascension en montagne... et moi, j’ai envie de vous emmener plus haut, comme toujours... donc nous continuons notre marche, ensemble, main dans la main, sur cette petite sente et nous découvrons quelques lieux privilégiés... secrets... quelques belles maisons du XVIIIe siècle sont cachées dans une nature très protégée, un ruisseau nous accompagne et nous pourrions penser être perdus... quelle étrangeté, n’est-ce pas ? il y a quelques minutes, nous étions encore au milieu des enseignes désormais inévitables et lassantes de tous les centres-villes... alors que faisons-nous, ici ???... eh bien, nous avons tout simplement suivi un panneau qui porte la mention maison de j. ... "maison de j." encore une bizarrerie... s’agit-il vraiment de la maison de j. ??? quelle étrangeté qui le rend propriétaire de cette maison, lui qui fut juste l’hôte - fort apprécié il est vrai - de cette maison mais ne l’a jamais possédée... bon admettons, son nom est plus porteur touristiquement parlant que le nom de celle qui fut son hôtesse - ô pudeur des mots - donc, nous reprenons notre ascension... et l’arrivée nous comble qui vaut bien cet effort et cette marche dans le petit matin... La maison est splendide... intacte... et il faut soulever le loquet pour ouvrir la barrière de bois, traverser le petit jardin qui, vers la droite, donne accès au jardin d’herbes médicinales et au verger... et frapper à la grande porte, vous savez, celle qui est juste au centre de la maison, dans le prolongement de la grange... et le hall s’offre alors à vous, dans toute sa générosité... pierres, tomettes, éclairage digne du XVIIIe siècle et nous sommes là, dans la réalité, dans un tableau ? ... impossible de savoir... alors, quand même, nous nous souvenons qu’il s’agit d’un musée... loin des files d’attente et des billets qu’il faut acheter - pardon batailler pour avoir , soi aussi, accès à la grande exposition - loin donc de tout cela, nous cherchons où acheter un billet... tiens, oui, c’est possible... un peu artisanal, certes, et c’est tant mieux... pas de guide, pas de plaquette, pas d’audioguide, aucune de ces technocraties soi disant médiatrices... la maison est à nous et nous pouvons circuler dans la salle à manger, toucher la table ou la commode et nous perdre dans nos pensées en admirant la ville par la fenêtre du salon dont les peintures sont préservées et fatiguées à la fois... et dans la chambre... les tissus patinés nous rappellent que ce lieu fut aussi un lieu d’initiation intellectuelle et amoureuse... même si le froid est dense... et dans l’autre petite chambre... la curiosté me pousse à monter à l’échelle pour voir le lieu où dormait le domestique de j. ... personne pour m’en empêcher... pas d’alarme ni de rappel à l’ordre... nous passons maintenant devant le petit autel sur le palier, vous savez là où restent quelques très beaux lais de papier peint comme des bribes de vie, qui revivent le temps de notre regard... et redescendant l’escalier, nous voulons maintenant poser nos pas dans ceux de j., dans le jardin... et c’est alors que se produit le miracle... il est là, montant quatre à quatre les escaliers, sifflotant comme toute personne heureuse d’arriver sur son lieu de travail, heureux de démarrer sa journée dans un lieu dont il savoure la qualité et connaît tous les recoins... bref, heureux de prendre son poste... et voilà... c’est le Gardien et, comme nous sommes, en quelque sorte, ses invités, la conversation s’engage... alors le coup des amours de f. et j., on ne va pas la lui faire... ce j. est venu faire le guignol, heureusement que tout cela n’a pas duré... et qu’il a été expédié... dans la grange le j., sur la paillasse... non mais ! ... quand à g. qui est venue visiter la maison un siècle plus tard, elle a tout "salopé"... bon, les grands noms du Panthéon en prennent pour leur grade !... il faut dire que le Gardien a des idées fermes sur toutes ces histoires... et sur la maison... il faut dire qu’il n’est pas très difficile de le faire parler... avec malice... je poursuis la conversation, lui disant toute mon admiration pour ce lieu car je sens bien que la maison, c’est son monde, les écrits de j., pas son problème... et comme j’ose quand même quelques critiques sur la gestion des lieux culturels... c’est parti :-) et l’administration des musées de la ville de l. qui a donc dans sa compétence la gestion de la maison de j. en prend un coup... indifférence au lieu, décisions prises de loin, mutations qui tournent mal, craintes lorsqu’a failli être nommé monsieur v. à la direction des musées parce que celui-là, hein, on le connaissait, on savait à quoi s’attendre... toute la vie quotidienne de ces grands gestionnaires de la culture décrite avec bon sens et esprit critique... je savoure et invite mon compère à aller plus loin, à aller jusqu’au bout... je ne transcrirai pas ici ce qui fut dit alors entre le Gardien, mon complice et moi... après quinze ans de travail dans ce lieu, il vient d’être tout récemment affecté à un autre poste, celui pour lequel il a toutes les qualifications... et tout le désir de travailler... "vous savez, M’dame, dans l’administration, c’est comme ça..." ... je vais m’asseoir dans le jardin... auprès de la sauge... et je regarde le Gardien s’affairer, joyeux... je sais que l’an prochain, lorsque je reviendrai, pour la troisième fois, visiter la maison de j., cette maison que j’aime tant, le jardin sera mon sujet de conversation avec le Gardien puisque c’est lui, désormais qui l’entretiendra... si l’administration a daigné, entre temps, lui attribuer un sécateur et une binette... et lui a fourni l’autorisation en bonne et due forme de procéder à quelques soins aux végétaux...

 ;-) à jj.

... et ne me dites pas qu’il y a une faute d’orthographe dans ce brin d’humeur... le lai est volontaire qui évoque la poésie dominotée de ces splendides papiers muraux... ô le sens premier... issu du celtique ?... du lai comme chant des oiseaux - tandis que le lé n’évoque que la largeur... ô l’inestimable liberté d’écrire en jouant des sens... ô la magie des mots... qui combat l’arithmétique...

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