Aller au contenu Aller au menu Aller � la recherche Politique d'accessibilité

écho-culture

... pour faire résonner les arts et la culture...


... parce que la mythologie...


... parce que les mots du poète...


... parce que...

Recherche par mots clefs

Moteur de recherche

Accueil du site > Brins d’humeur > Ode au gigot bitume ou de l’architecture et des hommes

Immédiatement après l’odeur du bitume bouillant, dans cette vapeur éblouissante et blanche… s’élève l’odeur de la viande et des herbes… une odeur douce, parfumée et délicate qui réveille tous les sens et surtout… l’appétit… Et les hommes sont là, l’ancien comme ils disent est élégamment vêtu, lui qui dirige l’opération et sait cuisiner ce mets mythique sur les chantiers… et eux qui luttent au dessus du fourneau… dois-je écrire fourneau ? … car il s’agit d’une sorte de grande boîte que l’on ferme au moyen de deux couvercles… une grande boîte déposée sur un socle de métal, objet habituel sur un chantier… au cœur de cette grande boîte… un bain de bitume… dans ce bain de bitume une grande cage métallique… dans cette grande cage métallique… alignés comme radis, selon les mots du poète, … des gigots… ils ont été assaisonnés et emmaillotés avant d’être plongés dans le bain bouillant qui leur confère ce parfum subtil et attendu de tous… et les deux hommes luttent au moyen de chaînes en fer, de truelles et de barres métalliques… les outils quotidiens sur le chantier deviennent les ustensiles de cuisine… ne pas s’approcher, le bain de bitume est à plus de 300 degrés et les projections émaillent de collantes taches noires les bras et les vêtements des hommes… les gants semblent impuissants mais les peaux sont rudes et l’habitude du travail donne une force impressionnante… l’habitude des durs travaux sur les chantiers et l’honneur aussi, il faut réussir cette opération… extraire en tirant sur les lourdes chaînes la cage de métal qui contient la viande… les hommes sont efflanqués, à la peau sombre… comme façonnés par leur vie professionnelle… leur concentration est sans faille et leurs gestes à la hauteur de ce moment fort… à quelques mètres, nous observons, silencieux ou échangeant quelques mots sur cette scène qui nous ravit et nous laisse, malgré tout, étonnament petits devant la puissance ainsi déployée et impatients de goûter… v. évoque rapidement un autre gigot bitume, lui toujours plaisantant a retrouvé en cet instant un sérieux inhabituel… l’instant est grave lorsque la cage est extraite et repose, fumante et brûlante, sur le sol du hall d’entrée du bâtiment… puis chaque quartier de viande est retiré, ses langes déroulés et les gigots découpés dans une odeur indicible… un parfum d’herbes teinté de moutarde… un parfum d’herbes teinté de ce monde du chantier… un parfum d’herbes teinté de notre complicité… et de notre gourmandise...
Dans le hall, les tables sont dressées… un banquet pour fêter le bâtiment… un banquet pour marquer l’œuvre de tous… un banquet auquel ont été conviés tous ceux qui travaillent, chaque jour, pour construire… dans le hall de ce « carré simple et essentiel »…
Entre les verres et les mots, les plats arrivent, chargés du précieux mets… tous sont assis sur ces bancs comme en une sorte de fête champêtre ou un repas de noces d’autrefois… et la viande a ce goût raffiné des mets savamment cuisinés et espérés… depuis des mois… nous avons dessiné ce bâtiment, nous avons tracé des plans, nous avons vu arriver les grues et pelleteuses, nous avons rédigé des dossiers et écrit des comptes-rendus, nous avons passé des heures dans la base vie du chantier, nous avons reconnu la qualité des travaux, nous avons vu des visages fatigués sous les casques, nous avons apprécié la finition du béton, nous avons admiré l’angle des chemins de câbles, nous avons arpenté la salle des boiseries au plafond désormais recouvrant les poutres infinies, nous avons rêvé les futurs utilisateurs et… aujourd’hui, la bibliothèque, puisque c’est de la bibliothèque qu’il s’agit, connaît sa première fête… tous réunis en son hall d’accueil généreux pour rassembler tous ceux qui travaillent à sa réalisation… car tous sont venus, certains de loin, qui ne connaissent du bâtiment que les plans au sein des bureaux d’études… d’autres ont simplement posé leurs outils et leurs casques, eux qui œuvrent, chaque jour, à la réalisation… tous sont venus pour honorer cette invitation…
L’architecture est faite de rencontres, d’échanges et de partages… l’architecture est faite de savoir-faire qui se conjuguent et s’additionnent… l’architecture est faite de l’engagement de chacun… l’architecture est faite de ces hommes… celui qui imagine le bâtiment… celui qui le construit… celui qui passe des heures dans les entrailles pour souder… celui qui vit l’espace… celui qui l’utilise… celui qui porte son regard sur le moindre détail… celui qui ressort les outils en râlant… celui qui est fier de la réussite technique… celui qui sait donner corps au dessin… celui qui suggère, parfois avec timidité... l’architecture est faite de rencontres, d’échanges, de partages… et demain les lecteurs entreront dans le hall de la bmi pour embrasser des lignes… et demain les lecteurs entreront dans la bmi pour poser leur regard sur les volumes… et demain, les lecteurs entreront dans la hall de la bmi pour ouvrir une nouvelle page…
Et le hall restera imprégné de l’odeur de ce repas… un repas pour célébrer les hommes qui construisent... savoureux gigot bitume…

"... et c’est souvent à travers une fragilité ou un instant qu’on peut percevoir la force d’un bâtiment, paradoxalement... Doù l’intérêt pour des choses très fugaces qui sont là... la végétation, un éclat de lumière, la pluie, la nuit... des tas de choses comme ça..." Jean Nouvel, De la maturité, 14 février 2001

MERCI à d. et f.
MERCI à tous ceux qui construisent ce très beau bâtiment

Répondre à cet article


Mentions légales | Plan du site | Espace privé | Contact | squelette | Suivre la vie du site RSS 2.0

Site réalisé par L'artisan de la toile avec SPIP