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"Tout papyrus se tisse, sur une table humectée d’eau du Nil…" Pline l’Ancien, Histoire naturelle

Le livre reprend, en partie, les communications d’un ensemble d’auteurs lors du colloque organisé en 2005 par l’Institut d’histoire du livre. Ce colloque avait pour objet d’étude l’examen des pratiques et liens entre texte et tissu depuis les vers tissés carolingiens jusqu’aux textes qui ornent les tee-shirts aujourd’hui portés par les adolescents.

« Écrire et broder, imprimer et tisser » … tel est donc le propos de ce livre savant, surprenant et véritablement enthousiasmant, enrichi de nombreuses références bibliographiques.
Le lecteur, lui qui est appelé à tisser les mots et les idées au fil de sa lecture, découvre les liens entre texte et tissu, est invité à réfléchir sur des relations, des divergences, des ressemblances… dans une séduisante étude sur les interactions entre histoire du papier et histoire du tissu, non pas anecdotique mais renvoyant aux débuts et fondements de l’histoire humaine. L’histoire, les techniques, le sens, la métaphore sont convoqués pour composer un livre qui, au-delà de son sujet propre, ouvre des perspectives vers de nombreux autres champs… une nécessaire approche pluridisciplinaire… une très grande ouverture vers d’autres arts… les arts décoratifs, notamment, via l’étude des papiers peints muraux comme un des exemples d’entrecroisement et d’interaction entre les secteurs du papier et du textile ou les toiles de Jouy fortement inspirées par les sujets littéraires, ou bien encore l’estampe et l’impression sur tissu qui présentent des similitudes sur les plans techniques et esthétiques, mais aussi vers l’écriture poétique et ses rythmes similaires aux rythmes qui composent les tissus…

Et le lecteur est emmené par Jasper Svenbro sur les traces de L’araignée de Francis Ponge et celles d’Arachné dans le récit d’Ovide.
Et le lecteur se souvient… que les rouleaux de papyrus étaient tissés par croisement des bandelettes tout comme le tissu est le résultat de l’entrelacement des fils de chaîne et de trame.
Et le lecteur redécouvre que le papier fut longtemps fabriqué à partir de la chiffe, cet agglomérat de chiffons et que le tissu trouve, lui aussi, son origine dans la fibre.
Et le lecteur s’émerveille de lire un texte ligne à ligne tout comme une étoffe se tisse ligne après ligne.
Et le lecteur songe à son imprimante dont les têtes d’impression tracent des signes de gauche à droite, puis de droite à gauche, par économie de temps, à l’image du boustrophédon, cette écriture grecque archaïque où le texte s’écrit alternativement de gauche à droite et de droite à gauche… comme les allers et retours de la navette sur le métier.
Et le lecteur accepte de suivre Jean-Paul Leclerc dont la maîtrise des techniques du tissage est impressionnante, lui qui ose presque comparer la couture qui coupe et assemble le tissu au massicotage et à la reliure du texte qui vont former l’objet livre.
Et le lecteur se laisse conduire vers les similitudes entre le passage de la parole au texte écrit, entre le passage du tissage au tissu.
Et le lecteur rapproche les rythmes des tissus et les rythmes poétiques.
Et à l’esprit du lecteur s’impose le parallèle entre les répétitions des planches pour créer les motifs imprimés sur une toile et les caractères assemblés pour composer la phrase, la ligne, le texte.
Et le lecteur regarde différemment ces papiers peints muraux ou ces étoffes lyonnaises, se souvenant que le tissu a besoin de papier dans sa création comme dans sa commercialisation.
Et le lecteur rêve de porter ce splendide gilet Directoire imprimé en taille douce à l’encre d’imprimerie noire sur satin jaune.
Et le lecteur referme le livre en admirant ces reproductions de manuscrits emplis de poèmes tissés où poète, scribe et peintre ont conjugué et entremêlé leurs collaborations obligeant le lecteur à tisser plusieurs niveaux de lecture pour accéder à la compréhension de l’écrit, poésie figurée qui associe en une osmose complète le texte et l’image.

Selon Luxurius, le poète romain du VIe siècle, l’écriture est la chaîne d’un tissu dont le lecteur introduit sa propre trame vocale de façon à tisser le texte, qui se défait par conséquent après chaque lecture.

Au fait… savez-vous ?... le mot texte a pour origine le terme latin textus… qui signifie… tissu…

Accéder au catalogue des éditions ENS Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines

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Odile Blanc, Florence Charpigny, Alan Marshall, ... Tissu-papier, échanges (...)

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