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Accueil du site > Bibliothèque > Livres > Geoffroy Batchen. William Henry Fox Talbot. Phaidon, 2008

Lorsque l’on évoque William Henry Fox Talbot, il s’agit toujours du père de la photographie, l’inventeur du procédé. L’auteur, Geoffrey Batchen, et l’éditeur Phaidon, rendent hommage à travers ce livre délicat et empli de grâce dont le lecteur remarquera la qualité typographique et chromatique, au photographe qu’est Talbot, avec plus de 5 000 clichés, aussi divers qu’expérimentaux, mais également aboutis via des thèmes récurrents. Comme le rappelle Geoffroy Batchen : « Grâce à lui, la photographie devint tout à la fois preuve scientifique ou légale, expérience artistique, image documentaire, étude architecturale, reproduction d’images existantes, souvenir familial ou amical, œuvre à exposer ou à vendre, illustration d’ouvrage ou bien encore reproduction mécanique. »
Talbot, d’origine britannique, né en 1800, entre la Révolution française et la Révolution industrielle, et mort en 1877, est un scientifique de formation, l’archétype de l’amateur éclairé touche à tout, féru de science. On le connaît pour son invention du calotype, ou talbotype, breveté en 1941 (2 ans après le daguerréotype ; il n’arrivera pas à prouver l’antériorité de ses travaux). Un procédé photographique qui permet d’obtenir plusieurs images positives sur papier à partir d’un seul négatif papier. Ce procédé négatif/positif devient alors la base de la photo argentique moderne. Il s’intéresse également à la philosophie et l’archéologie (il publie Hermès ou la recherche classique et antique, Illustrations de l’Antiquité du livre de la Genèse, …), la botanique, l’astronomie (en 1817, il calcule les ellipses de la lune et découvre trois erreurs dans le Nautical Almanac, il étudie également les comètes, les éclipses de soleil, …), la physique (nombreux travaux sur l’étude de la lumière et de l’optique, …), les mathématiques (lauréat de la Royal Medale, en 1838, pour ses travaux sur le calcul des intégrales, …), la chimie (en 1841 et 1842, il dépose des brevets intitulés Couvrir et colorer les surfaces métalliques et Dorer et argenter les métaux), … et pratique plusieurs langues (cinq et connaît le grec, s’essaye au déchiffrage de l’écriture assyrienne cunéiforme, partage l’honneur d’être un des premiers déchiffreurs de l’inscription cunéiforme de Ninive ; il est l’auteur de l’ouvrage sur les langues English Etymologies, en 1846, …). Autant de domaines qu’il explore, de sujets sur lesquels il va travailler et surtout autant d’objets de réflexion photographique au cours de ses recherches et inventions. On découvre, ainsi, des photos de coupes de feuilles, de chutes d’aiguilles de pins (1939), du buste de Patrocle (1842), de rayonnages de bibliothèques, avec des numéros du Philosophical Magazine (1844), ou encore d’une copie d’une traduction d’une tablette de hiéroglyphes (1846), … un ensemble qui constitue une véritable œuvre comme le souligne justement ce livre. Car même si Talbot découvre la photographie comme un produit de la science moderne (à la croisée de la magie et de l’industrialisation), il est animé d’une réflexion sur la photographie en tant que telle - ce n’est pas seulement une découverte scientifique - et d’un émerveillement qui confèrent à ses photos un véritable caractère artistique : « La plus éphémère des choses, une ombre, symbole par excellence de fugace et de transitoire, peut être capturée grâce aux sortilèges de notre magie naturelle et se voit fixée à jamais dans la position qu’elle était vouée à n’occuper que l’espace d’un infime instant ».
À travers plusieurs ouvrages - il est le premier à publier un livre illustré de photographies, The Pencil Of Nature, en Juin 1844 - ses contemporains découvrent alors le résultat de ses expériences : des photos. Que l’on apprécie aujourd’hui, pour diverses qualités, mais surtout grâce au livre de Geoffroy Batchen, pour l’œuvre artistique qu’elles constituent. Tout au long de ce livre, on comprend leur caractère expérimental, dans le cheminement des progrès de ses découvertes et améliorations de procédés, dans les sujets abordés, comme la polarisation géométrique de la lumière lorsqu’elle traverse une structure de cristal dont il reproduit un dessin. On appréhende leur portée scientifique à travers, notamment, des coupes de plantes. Et aussi leur portée historique : photo de la Tamise à Londres en 1841, construction de la tour Nelson à Trafalgar Square en 1844, la Seine à Rouen en 1843, ... Mais sont présentés, également, des travaux plus personnels, sa demeure familiale, son épouse, sa fille, … On trouve aussi des portraits, des paysages, … En résumé, tous les sujets principaux et récurrents qui constitueront la photographie par la suite. On mesure pleinement la société à laquelle il appartenait, ses divers univers : la famille, la science (avec des photos de scientifiques discutant entre eux), les voyages, … les questionnements de son temps, les traductions des écritures anciennes, l’intérêt pour la botanique, … autant de sujets qu’il a immortalisés comme témoignages d’une époque. Avec toujours un souci du cadrage, de la lumière, du détail des textures et la représentation. « L’un des avantages de l’art photographique est qu’il nous permet d’introduire dans nos images une profusion de minuscules détails qui confèrent vérité et réalisme à la représentation, mais qu’aucun artiste ne se donnerait la peine de recopier fidèlement d’après nature […]. Réjouissons-nous de disposer d’une telle minutie, car ils pourront parfois s’avérer utiles pour introduire dans les scènes représentées une variété que l’on attendait pas » Il faut noter plusieurs photos de motifs de dentelle, un sujet important en cette époque de mutation de l’industrie du textile. Ils constituent ses premiers sujets.
Cet élégant ouvrage que propose les éditions Phaidon permet de se plonger dans une complète biographie, dans une somme de photos, toutes expliquées et commentées par des textes importants pour bien mesurer l’œuvre et les découvertes de William Henry Fox Talbot. Et ce n’est pas l’étrangeté des résultats obtenus selon les avancées de ses recherches, ni même une certaine désuétude poétique des premiers balbutiements de la photo, qui pourraient susciter une admiration, mais bel et bien de réelles qualités photographiques. Un bel hommage au photographe William Henry Fox Talbot qui nous entraîne dans la vie à la croisée de l’invention scientifique et de la réflexion artistique surtout.

Accéder au site The Correspondence of William Henry Fox Talbot
Découvrir le catalogue des éditions Phaidon

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