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Spectacle vivant

Dernier ajout – lundi 26 mai 2008.

"Je devais avoir huit ans. Le petit cirque est arrivé ; les enfants ont vu tourner à l’angle de la rue, juste derrière le bac à sable entouré de peupliers, quelques animaux plus ou moins mités, deux clowns plus tristes qu’heureux et une roulotte surgie d’un roman d’Hector Malot. Peu importe, c’était la parade et le signe que ce soir, entre les hauts immeubles, le chapiteau serait dressé pour la représentation ; l’entrée dans la cité était triomphante ; elle contenait la promesse certaine d’un grand moment de magie, la rupture dans la monotonie de la vie d’un grand ensemble. Tous les enfants, en file indienne, ont composé un étrange cortège pour guider le petit cirque jusqu’au terrain vague… Le soir venu, nous sommes tous partis, tremblants d’émotion, savourant le plaisir de la sortie de nuit et pressentant les bonheurs qui nous attendaient ; la magie du spectacle opérait déjà et la file d’attente ajoutait à l’excitation. Mes grands frères étaient sérieux et ravis de sortir l’argent et de distribuer les tickets à tous les enfants de l’escalier n°2 qu’ils accompagnaient et surveillaient de manière si responsable. Sous le chapiteau quelque peu branlant, des bancs de bois peints en vert entouraient une piste au tapis usé, si usé… elle avait dû traîner sur tant de routes, elle avait dû recevoir tant de pluie, elle avait dû accueillir tant de corps déçus et d’animaux épuisés… mais la piste était rouge et mes yeux ne voyaient que ce rouge. Le spectacle commença… magique et désolant… l’âne ne voulait pas obéir et faire le tour de piste commandé… mais, à mes yeux d’enfant, c’était un âne dressé … les chiens étaient affamés, mais ils se tenaient malgré tout, durant un cours instant, droit sur leurs pattes arrière et moi, je tremblais d’admiration… les ficelles du magicien étaient visibles mais je me disais que je voyais là, pour la première fois, un artiste… les clowns n’étaient pas drôles, mais le sont-ils jamais ?... la vieille chèvre ne voulait pas monter sur le tabouret et je me souviens de cette voisine qui se mit alors à crier... « arrêtez de martyriser les animaux »… et là, tout à coup, tout s’accéléra… les enfants se mirent à hurler et trépigner et ne pouvant résister à cet assaut, les quatre ou cinq rangs de bois s’effondrèrent… oh les rires, oh les rires, aujourd’hui je les entends encore… tout le monde partit dans un gigantesque éclat de rire… et chacun se sortit du fatras de planches en riant… un bonheur immense… un rire immense partagé… ce soir-là, je m’endormais tenant entre mes mains cet émerveillement… j’étais allée au cirque, le cirque était venu jusqu’à moi… c’était… c’était… c’était bien mieux que La piste aux étoiles… c’était VRAI !" Hélène Hamon. Banlieue, 1962, 2006.




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